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Quelques souvenirs sur Robert Chabbal

L’émotion à la disparition de Robert Chabbal est à la mesure du très grand serviteur de la recherche française qu’il a été. Pour évoquer sa carrière et l’influence qu’il a eue depuis les années 60, j’invite à consulter le communiqué de presse du ministère de la recherche :

https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid153961/disparition-de-robert-chabbal-physicien-et-organisateur-de-la-recherche-scientifique.html

Pour ma part, je ne peux que le compléter par quelques souvenirs personnels.

J’ai connu Robert Chabbal en 1961 comme étudiant du troisième cycle de spectroscopie qu’il venait de créer. Ce premier contact m’a ébloui tant la clarté de ses cours vous donnait l’impression d’être vous-même plus intelligent. Mais il y transmettait aussi l’enthousiasme communicatif d’un jeune mais exceptionnel chercheur. Ses travaux sur l’interféromètre de Pérot-Fabry confocal ont d’ailleurs trouvé une application majeure très rapidement avec les premiers lasers qui n’auraient pas existé sans la maîtrise de cette technologie. Déménageant le laboratoire Aimé Cotton de Belllevue à Orsay il a à la fois conforté sa dynamique en spectroscopie (avec les travaux fondateurs de Pierre Connes sur la spectroscopie par transformée de Fourier) et lancé une nouvelle orientation en physique atomique. Il avait compris pour cela l’importance d’ancrer le développement de nouveaux thèmes sur des collaborations internationales au plus haut niveau (je pense notamment au rôle joué par le séjour dans ce laboratoire du physicien anglais, mais travaillant aux États-Unis, Brian Judd). Ceci était encore très peu courant à l’époque.

Au CNRS, directeur de la physique en 1969, puis directeur général de 1976 à 1979, il est immédiatement apparu qu’il avait à cœur de faire dépasser à cet organisme le simple cadre de la science fondamentale à laquelle beaucoup souhaitaient le restreindre. C’est ainsi que tout en défendant inlassablement le caractère global de la recherche et l’unité du CNRS, il s’est investi dans le projet d’ouvrir cette recherche au monde de la société et de l’entreprise. Ce n’est pas sans de très sérieuses oppositions de la part d’une grande part d’une communauté scientifique plutôt conservatrice, qu’il a créé le nouveau département des sciences pour l’ingénieur (Le SPI) et qu’il a développé les clubs CRIN, tout juste créés par Hubert Curien, où chercheurs et industriels apprenaient à se connaitre. Il propose la création des PIR, Programmes Interdisciplinaires de Recherche et dirige même le PIRDES, pour le développement de l’énergie solaire, qui s’appuiera notamment sur la centrale solaire d’Odeillo. Il crée également le PIREN, pour l’environnement, en 1978. Tout cela alors que bien peu de personnes se préoccupaient de l’environnement ou croyaient à l’avenir de l’énergie solaire. Toutes ces actions se sont révélées très en avance sur ce que pensaient la plupart des acteurs de la recherche de cette époque. Plus tard, il sera aussi à l’origine des instituts Carnot.

Par la suite la liste des rapports remarquables de lucidité qu’il a rédigés, pour toutes les administrations nationales et internationales qu’il a dirigées ou conseillées, mais surtout la liste des actions concrètes et des réalisations qui les ont suivis, est tout à fait étonnante. Ayant participé aux travaux qui ont conduit à plusieurs de ces rapports j’en garde le souvenir de débats passionnants, toujours subtilement guidés par la logique implacable, le pouvoir de persuasion et la gentillesse de Robert Chabbal.

Enfin je voudrais rappeler une action moins connue qui a fait que Robert Chabbal a aussi laissé son empreinte sur le groupe industriel Saint-Gobain. Ce n’est pas tant parce que, comme il me le rappelait souvent avec un sourire, il avait été pour quelques heures président du groupe Saint-Gobain (comme représentant de l’état au Conseil d’administration, il avait présidé ce Conseil jusqu’à l’élection du Président), mais parce que Jean-Pierre Causse prenant la direction de la recherche du Groupe en 1974 et trouvant cette recherche très désorganisée, il avait demandé un rapport sur la question à Robert Chabbal. Celui-ci, avec l’aide de Laurence Paye-Jeanneney, a préconisé deux mesures radicales : recruter massivement un grand nombre de jeunes chercheurs et mettre en place un mécanisme de financement de la recherche très particulier, répondant aux spécificités du groupe. La première mesure a pu être en grande partie mise en œuvre et a fait sentir ses effets positifs pendant de nombreuses années. La seconde s’est révélée un puissant et très original mécanisme assurant non seulement le financement optimal de la recherche et du développement technologique, mais aussi une intense communication, indispensable au sein d’un groupe relativement diversifié et international. Cette structure, mise en place en 1975 s’est révélée si efficace qu’elle perdure aujourd’hui, à peine modifiée.

Robert Chabbal a été pour beaucoup d’entre nous une sorte de grand frère qui impulsait puis guidait des évolutions dont nous sentions confusément à quel point elles étaient indispensables pour amener la recherche française à son plus haut niveau et à sa juste place dans la société. Il l’a toujours fait avec le souci de l’efficacité mais aussi avec celui de convaincre et de ne brusquer que lorsque cela devenait inévitable. Sa personnalité chaleureuse nous manquera encore longtemps.

Paris le 22 septembre 2020

Jean-Claude Lehmann

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