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Loi de programmation de la recherche

Loi de programmation de la recherche

Eléments de réflexion relatifs à la Loi de Programmation de la Recherche (2020)

Contexte :

Sur proposition de notre représentation régionale d’Occitanie-Ouest, le Conseil d’Administration de notre association avait porté à l’ordre du jour de sa session de mars, une discussion sur le projet de loi de programmation de la recherche en cours. Nous avions à cet effet souhaité la présence du PDG du Cnrs, M. Antoine Petit ou de son représentant pour en discuter. Nous avions reçu une réponse favorable en ce sens avant que l’association n’ait à annuler cette réunion en raison des obligations sanitaires liées à la pandémie.

Ces informations ainsi qu’un ensemble d’appréciations informelles, portées par une douzaine de personnalités ayant eu des responsabilités à la direction du Cnrs et consultées par la présidente, Liliane Gorrichon, ont alors été transmises à Antoine Petit. Il nous paraissait en effet souhaitable, alors qu’un certain nombre d’inquiétudes se faisaient jour, qu’une association comme la nôtre qui regroupe des membres ayant tous eu une expérience de plusieurs dizaines d’années dans les milieux de la recherche, qui ont eu la possibilité d’observer les évolutions et leurs effets sur l’approche des problèmes de recherche, la motivation des personnels et la réceptivité de la parole scientifique par l’opinion publique, ne se désintéresse totalement de cette question.

La réactivation en cours du projet de loi nous incite à vous demander aujourd’hui votre avis sur cette question. En clair le texte ci-dessous peut-il être considéré comme une analyse partagée par l’A3 que nous puissions donner à connaître.

Eléments de réflexion relatifs à la Loi de Programmation de la Recherche (2020)

Ils concernent quatre points principaux : Les structures de recherche, la situation des personnels de recherche, les modes de financement, les relations entre la recherche académique et le monde économique et industriel

Les structures de recherche:

Les briques de base au sein desquelles est réalisé le travail de recherche ont été très longtemps les unités de recherche (UPR, UMR, FR ...). Ces composantes recevaient un financement et étaient missionnées pour faire progresser la connaissance sur un champ scientifique donné. Leur action était évaluée tous les quatre ans puis cinq ans par un comité. Aujourd’hui la dotation de ces structures les a transformées en hôtels fournissant le gîte mais même plus le couvert minimal. La cellule de base est devenue l’équipe individualisée (EI) parfois réduite à un chercheur senior, avec éventuellement quelques doctorants. Cela se rapproche du modèle anglo-saxon mais ce dernier n’a pas que des qualités et il serait souhaitable que le CNRS ait une réflexion sur les avantages et inconvénients de ces deux extrêmes. Si le choix devait être de privilégier le modèle équipe (EI), alors, il faut aller au bout de la démarche et en tirer toutes les conclusions sur l’existence des unités de recherche ; en tout cas la situation actuelle où la tendance est au « modèle équipe » tout en maintenant des « laboratoires » n’est pas tenable.

Le personnel de recherche :

Les jeunes chercheurs (de moins en moins jeunes d’ailleurs, ce qui ouvrirait un autre débat pour plusieurs raisons, dont la réforme des retraites en cours) qui entrent au CNRS ont tous d’excellents dossiers car la pression au recrutement exclut l’entrée de candidats « seulement bons ». Les salaires d’entrée sont indignes pour de jeunes scientifiques qui ont plusieurs années de travail de recherche derrière eux (4 à minima et souvent 5, 6 ,7, et 8 ans). La revalorisation des salaires des chercheurs est un impératif pour espérer maintenir la compétitivité de notre recherche. Quelles sont donc les motivations qui poussent les candidats ? En premier lieu il y a bien sûr, la vocation. Mais peut-on fonder un système en ne comptant que sur la vocation ? En deuxième lieu, tous ceux d’entre nous qui ont procédé à l’audition de candidats entrants, en particulier ceux de nationalité étrangère, savent qu’à la question du pourquoi cette candidature, une des raisons le plus fréquemment invoquée était : la perspective d’un emploi statutaire de chercheur qui leur permettait à un âge moyen d’une trentaine d’année d’envisager un avenir relativement stable pour eux et leur famille.

La tendance que nous pourrions observer à l’avenir qui substituerait au système actuel une organisation où pendant encore cinq ou dix ans le chercheur « embauché » pourrait se voir signifier la fin de son contrat devrait être revue ou, pour le moins analysée quant à ses conséquences.

Le modèle d’un financement quasi exclusivement sur projet dont nous reparlerons plus bas, conduit inéluctablement au développement de contrats courts et cela pour au moins deux raisons : on peut avoir tout à coup plus de projets agréés que la possibilité de les mener à bien puisqu’il faut soumettre 8 à 10 projets pour une chance de succès. Lorsque le projet est fini et que le financement sur le sujet est tari, on n’a plus les moyens financiers de continuer à rémunérer un jeune chercheur ; le contrat court basé sur la durée du projet est évidemment une solution et donc, tout est bien. Mais, si l’on met maintenant à la place du jeune scientifique, est-ce que le comportement du CNRS est digne ? Est-il souhaitable que le CNRS, dont on connaît les valeurs fondatrices, contribue à engendrer une armée de jeunes scientifiques qui vont errer à la recherche du prochain CDD. Ce « nomadisme scientifique » renforcé ne serait pas sans conséquence et elles devraient être prises en compte dans l’analyse « unité de recherche » vs « équipe ».

On entend aussi qu’un jeune chercheur embauché par le CNRS devrait se voir attribuer une allocation pour permettre de débuter sa carrière dans de bonnes conditions. On ne peut pas s’opposer à cela mais on pourrait penser que c’est l’unité de recherche si elle fonctionne bien (ou si on lui donne les moyens de bien fonctionner) qui devrait fournir le cadre qui permet à un jeune chercheur de mener à bien son projet. Personnaliser le soutien contribue dès le début de la carrière à ancrer un esprit individualiste chez le chercheur au détriment du sentiment d’appartenance à une unité de recherche. Ceci est un élément du débat sur les briques de bases qui construisent notre système recherche.

On croit percevoir une tendance à distinguer (mais comment?) des talents et à les récompenser au détriment des chercheurs qui assurent la continuité des actions. Il faut faire des percées, soit, mais ensuite il faut défricher, occuper et organiser les nouveaux territoires conquis. En d’autres termes si notre recherche a besoin de nouveaux leaders, de locomotives, elle n’en a pas moins besoin de celles et ceux qui ont déjà créé une dynamique, préparé le terrain et accepté de consacrer une partie de leur temps et de leur énergie à créer les conditions matérielles et intellectuelles préparant l’éclosion des nouveaux concepts.

Les modes de financement :

Le glissement progressif du modèle « unité de recherche » vers le modèle « équipe individualisée » doit être très sérieusement analysé et mériterait un développement trop long pour la nature de ce message. Il n’est pas rare dans nos unités que tel ou tel chercheur bénéficiaire d’un soutien via un projet soit plus « riche » que l’unité à laquelle il est sensé appartenir. Cela induit des comportements individualistes qui impactent fâcheusement la vie dans les laboratoires. Il y a un deuxième effet encore plus grave du point de vue du pilotage et de l’organisation de la recherche. L’activité de recherche est par définition une activité de longue haleine. Un financement sur projet, en général sur trois ans, ne permet pas cette vision long terme et cela d’autant moins que l’ANR par exemple ne retient que de 10 à 15 % des projets présentés. En creux, cela veut dire que 85 à 90 % du temps et des efforts pour présenter des projets (et aussi pour les évaluer) est perdu. On doit impérativement s’interroger sur ce point puisque nous sommes tous sensible au manque de moyens. Cela veut dire concrètement que pour survivre un chercheur est sans cesse obligé de « sauter » d’un projet à l’autre en épousant l’actualité du moment. Cela pose de façon aiguë la question du pilotage national de l’activité de recherche que finalement on confie au succès ou à l’échec de projets. Un effet collatéral tout aussi nuisible est la tendance à présenter des projets sur des thèmes « à la mode », à éviter les voies à haut risque, à limiter ou annihiler les idées nouvelles qui pourraient être testées. Ce sont elles pourtant qui conduisent à des ruptures. Et il y a enfin une troisième conséquence sur la nature des relations entre chercheurs. Au lieu d’instaurer un climat de coopération/collaboration, c’est la compétition à outrance avec ses conséquences perverses, par exemple le temps et l’énergie consacrés aux exigences de la vie de l’unité de recherche, les propositions promettant beaucoup plus qu’il n’est raisonnable, la course au sensationnel, une bibliométrie outrageusement gonflée voire de la fraude et du plagiat...

En clair, entre un financement de base exclusivement confié à des unités de recherche et un financement quasi exclusivement fondé sur des succès en réponse à des appels à projet, il y a un moyen terme à trouver et ce n’est pas le cas actuellement puisque le curseur est exclusivement sur la partie « projet » et qu’il est proposé d’accentuer cette tendance au lieu de l’infléchir pour redonner des degrés de liberté à la recherche et limiter la perte de temps engendrée par ces procédures.

Les relations entre la recherche académique et le monde économique et industriel.

Là aussi, les choses ont considérablement évolué depuis le premier accord cadre entre le CNRS et Rhône Poulenc dans les années 70, qui avait suscité des manifestations de la part de la communauté scientifique. L’apport souhaitable des résultats de la recherche au développement économique de notre pays fait consensus mais il n’en reste pas moins que le système actuel n’est pas optimal et montre de graves défauts. Ce texte n’a pas pour objectif de traiter le sujet en profondeur ; relevons simplement quelques pistes de réflexions. Il faut éviter les laboratoires de recherche académique se substituent aux centres de recherche industriels. Il faut que des accords cadre définissent les droits et devoirs des partenaires pour éviter d’interminables tractations lors de la mise en place de collaborations. Aujourd’hui les laboratoires de recherche abordent quasiment en autonomie les négociations contractuelles et il y a un déséquilibre évident entre eux et un grand groupe industriel qui n’a aucune difficulté à « faire son marché » pour trouver le partenaire le plus accommodant. Le développement de contrats cadre est un des remèdes possible.

Il faudrait que le Crédit Impôt Recherche (CIR) soit beaucoup plus utilisé que ce qu’il est actuellement pour promouvoir une collaboration qui comblerait cette « vallée de la mort » où beaucoup de concepts ne sont pas jugés assez avancés par l’industrie et trop avancés pour que la recherche académique continue de les faire progresser. Le CIR a probablement des vertus pour maintenir ou développer une activité de R&D sur notre territoire mais il profite assez peu aux ETI, PME et TPE. La même vigilance qui est réclamée pour mesurer l’efficacité de la recherche académique devrait s’appliquer à cette aide financière. Les relations avec les PME est un autre volet de ces relations très compliquées pour les partenaires tant est grande la diversité des demandes ; l’horizon temporel très différent pose problème. La « digestion » des produits de la recherche académique par une PME n’est pas toujours évidente et les moyens humains des unités de recherche pour répondre à une demande pressante d’une PME sont inadaptés. Il faudrait pouvoir mettre à plat ces questions avec autour de la table des représentants de toutes les parties pour adopter une autre organisation qui serait plus efficace.

Cette brève synthèse rappelle donc quelques points qui mériteraient une attention particulière et qu’il serait nécessaire de prendre en compte pour une évolution positive de la recherche et pour favoriser son développement.

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